L'amitié est une équipée dont jamais il ne faut se préserver. Cette amitié est superbement décrite et chantée dans cette oeuvre au titre
antonyme, Les étrangers.
En août 1972, Léo retrouve sa bande de copains, Maurice Frot, Paul Costanier et René Lochu. Ce dernier est un militant libertaire et engagé, qui aura une certain influence sur le poète. Ferré lui
rend d'ailleurs hommage, en citant plusieurs fois son ami dans cette chanson qui vous est présentée.
C'est pas comme en avril en avril soixante-huit
Lochu tu t'en souviens la mer on s'en foutait
On était trois copains avec une tragédie
Et puis ce chien perdu tout prêt à se suicider
Léo Ferré n'était pas venu seul à la rencontre de ses amis. Il était accompagné d'un chien qu'il avait receuilli, non pas sur le bord de la route mais en plein milieu de la voie, l'animal restant planté là, avec toute l'inconscience et la négligence de celui qui se suicide. Léo aimait les animaux et il ne pouvait ainsi le laisser abandonné. Tout comme il ne renonce pas ausouvenir de Pépée.
Ma maman m'a cousu une gueule de chimpanzé
Si t'as la gueule d'un bar je l'appelle Pépée Ferré
C'est pas comme en avril en avril de mon cul
Avril 1968, le mois où Pépée s'éteignit...
Et puis viennent ces petits moments simples, qui sont bonheur lorsqu'ils sont partagés. Un après-midi, les quatre compères tuent le temps à coups d'amitié et se laissent séduire par de bonnes
crêpes bretonnes que leur apporte Lochu. Le geste est là, sans calcul, avec pour seul souhait de donner et de faire partager. Léo en est certainement très touché et il le chante.
Quand la mer se ramène avec des étrangers
En Bretagne y a toujours la crêperie d'à côté
Et un marin qui t'file une bonne crêpe en ciment
Tellement il y a fouré des tonnes de sentiment
Le marin est aussi mis à l'honneur. Il est en quelque sorte celui qui vous sauve lorsque vous échouez, quelque part à un moment de votre vie, dans un lieu que vous ne connaissez pas ou dans un état dans lequel vous ne vous reconnaissez plus. Vous devenez un étranger, pour les autres et le pire de tout, pour vous-même. Léo Ferré n'en est peut-être pas très loin à ce moment-là, lorsqu'il traîne ses guêtres en Bretagne, pour tenter certainement d'oublier sa rupture avec Madeleine.
Quand la mer se ramène avec des étrangers
Homme ou chien c'est pareil on les r'garde naviguer
Et dans les rues d'Lorient ou d'Brest pour les sauver
Y a toujours un marin qui rallume son voilier
L'amité encore, est présente dans l'accompagnement de cette chanson, servi par la violon d'Ivry Gitlis. Sa présence avait été spontanée lors de l'enregistrement du disque en 1974. Cette présence sera très forte lors de l'émission Le Grand Echiquier, en 1975, lorsque les deux amis se rencontrent pour interpréter une chanson. Mon dieu, que c'était beau en ce temps là...