Jeudi 17 avril 2008 4 17 /04 /Avr /2008 06:57

L'amitié est une équipée dont jamais il ne faut se préserver. Cette amitié est superbement décrite et chantée dans cette oeuvre au titre antonyme, Les étrangers.
En août 1972, Léo retrouve sa bande de copains, Maurice Frot, Paul Costanier et René Lochu. Ce dernier est un militant libertaire et engagé, qui aura une certain influence sur le poète. Ferré lui rend d'ailleurs hommage, en citant plusieurs fois son ami dans cette chanson qui vous est présentée.

C'est pas comme en avril en avril soixante-huit
Lochu tu t'en souviens la mer on s'en foutait
On était trois copains avec une tragédie
Et puis ce chien perdu tout prêt à se suicider

Léo Ferré n'était pas venu seul à la rencontre de ses amis. Il était accompagné d'un chien qu'il avait receuilli, non pas sur le bord de la route mais en plein milieu de la voie, l'animal restant planté là, avec toute l'inconscience et la négligence de celui qui se suicide. Léo aimait les animaux et il ne pouvait ainsi le laisser abandonné. Tout comme il ne renonce pas ausouvenir de Pépée.

Ma maman m'a cousu une gueule de chimpanzé
Si t'as la gueule d'un bar je l'appelle Pépée Ferré
C'est pas comme en avril en avril de mon cul

Avril 1968, le mois où Pépée s'éteignit...
Et puis viennent ces petits moments simples, qui sont bonheur lorsqu'ils sont partagés. Un après-midi, les quatre compères tuent le temps à coups d'amitié et se laissent séduire par de bonnes crêpes bretonnes que leur apporte Lochu. Le geste est là, sans calcul, avec pour seul souhait de donner et de faire partager. Léo en est certainement très touché et il le chante.

Quand la mer se ramène avec des étrangers
En Bretagne y a toujours la crêperie d'à côté
Et un marin qui t'file une bonne crêpe en ciment
Tellement il y a fouré des tonnes de sentiment

Le marin est aussi mis à l'honneur. Il est en quelque sorte celui qui vous sauve lorsque vous échouez, quelque part à un moment de votre vie, dans un lieu que vous ne connaissez pas ou dans un état dans lequel vous ne vous reconnaissez plus. Vous devenez un étranger, pour les autres et le pire de tout, pour vous-même. Léo Ferré n'en est peut-être pas très loin à ce moment-là, lorsqu'il traîne ses guêtres en Bretagne, pour tenter certainement d'oublier sa rupture avec Madeleine.

Quand la mer se ramène avec des étrangers
Homme ou chien c'est pareil on les r'garde naviguer
Et dans les rues d'Lorient ou d'Brest pour les sauver
Y a toujours un marin qui rallume son voilier

L'amité encore, est présente dans l'accompagnement de cette chanson, servi par la violon d'Ivry Gitlis. Sa présence avait été spontanée lors de l'enregistrement du disque en 1974. Cette présence sera très forte lors de l'émission Le Grand Echiquier, en 1975, lorsque les deux amis se rencontrent pour interpréter une chanson. Mon dieu, que c'était beau en ce temps là...

Par Jefka
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Lundi 24 mars 2008 1 24 /03 /Mars /2008 07:35

En 1970, la révolution sexuelle est amorcée. Mai 68 n'est pas très loin et la société française n'a pas fini d'être bouleversée. Le sexe s'exprime dorénavant librement, sous les coups des femmes qui se libèrent et des artistes qui le chantent. Léo n'échappe pas à cette vague, et dans ce début des seventies, il sort un album qui contient quelques chansons révélatrices de nouvelles pulsions qui semblent traverser le poète. Petite, fait partie de cet album. Cette oeuvre, de grande qualité littéraire, n'en finit pas moins de troubler celui qui l'écoute.

Tu as des yeux d'enfant malade
Et moi j'ai des yeux de marlou
Quand tu es sorti de l'école
Tu m'as lancé tes petits yeux doux
Et regardé par n'importe où
Ah! petite Ah! petite
Je t'apprendrais le verbe aimer
Qui se décline doucement
Loin des jaloux et des tourments
Comme le jour qui va baissant

Il est ici question d'un fruit totalement défendu par la loi et les moeurs, une passion qui pourrait s'exprimer entre un homme et une jeune fille, qui ne serait encore qu'une enfant. Paradoxalement, la chanson ne fait pas scandale à cette époque. L'heure est tout au permis dans les mots et dans les slogans. Elle aurait certainement entraînée beaucoup plus de réactions si elle avait été écrite aujourd'hui, notre société ayant encore en mémoire la pédophilie révélée sur la place publique au cours de dernières affaires toutes plus sordides et infâmantes les unes que les autres.
Ferré ne passe pas à l'acte, mais toute en subtilité, il évoque le trouble qui peut naître entre l'adulte et une âme neuve, jusqu'à devenir une obsession puis un tourment.

Tu as le buste des outrages
Et moi je me prends à rêver
Pour ne pas fendre ton corsage
Qui ne recouvre qu'une idée
Une idée qui va son chemin

Cet amour est interdit, inconcevable. Si la conscience faiblit, la loi est là pour rappeler cette évidence au tourmenté. Léo conclut d'ailleurs cette chanson ainsi :

Tu reviendras me voir bientôt
Le jour où ça ne m'iras plus
Quand sous ta robe il n'y aura plus
Le Code pénal

Par Jefka
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Lundi 24 mars 2008 1 24 /03 /Mars /2008 07:34

Léo Ferré ne fût pas seulement un poète auteur-compositeur, il fût également un très grand interprète. Il sût donner la parole et la mélodie à de beaux textes, faits de sentiments et de révolte par d'autres artistes. Jean-Roger Caussimon fût de cela. En 1985, Léo sort un album qui lui est entièrement consacré. Y figure un perle : Les spécialistes. La musique, les paroles, l'interprétation de Léo pleined'intensité, tout y est pour vivre un grand moment de la chanson française. La rebellion traverse à coups de pique cette composition majeure, dont les « anciens du SAC » qui sont pris à parti.

Pour tout mettre à sac
Les anciens du S.A.C.
Viendront diriger sur place
Les « incontrôlés »
Qu'ils ont enrôlés
C'est eux qui rompront la glace...
Mais c'est toi qui s'ras gaulé !

Caussimon et Ferré dénoncent ce que l'on peut bien appeler la lâcheté de certains porte-paroles et idéologues, prêts à révolutionner et à agiter la peur en décor, à condition qu'ils soient accompagnés de naïfs qui seront les premiers à recevoir les balles.
Caussimon n'est pas non plus en reste avec le nucléaire dont le digne représentant français est EDF, qu'il oppose à Tazieff. Ce dernier semble devoir se taire dans cette décennie quatre-vingt, le bonheur et la raison d'être n'étant guidés que par des considérations matérialistes. L'écologie n'est qu'un vague étendard, considérée par les bonnes consciences de l'époque comme improductive et à la solde de quelques illuminés.

N'écout pas Tazieff
Ecout'l'E.D.F.
C'est ell'qui tranche et qui juge
Comm'tout un chacun
Adhère à l'emprunt
Et dis : « Après moi l'déluge... »
C'qui est important c'est l'benef !

La France des années quatre-vingt n'en a pas non plus fini avec cette gangraine qu'est le racisme. Des voix politiques sont montantes à cette époque, jusqu'à nous effrayer vingt ans plus tard, lors d'un sombre 21 avril 2002. Dans ce début de règne socialiste, on n'en est encore qu'aux poulagas.

On n'sait pas qui c'est
Mais pour dénoncer
Ils ont l'art et la pratique
Ta vie, tes pensées
Tout est recensé
Ca marche à l'électronique...
Chez les poulagas français !

Et puis Jean-Roger Caussimon est un ami de Léo Ferré. En toute amitié, il offre au poète la possibilité de s'en prendre aux spécialistes, qui sont censés connaître, ne se trompent pas,  mais qui bien souvent ne comprennent pas. Léo en sait quelque chose, lui qui s'est vu refuser plusieurs fois la direction d'un grand orchestre. Pas assez musicien sans doute...

On se sent à l'aise
Lorsque c'est Boulez
Qui s'empar'de la baguette
Mais...c'est inopportun
Lorsque c'est quelqu'un
Qui « fait dans la chansonnette
Et mêm'pas dans l'show-business !

Par Jefka
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Lundi 24 mars 2008 1 24 /03 /Mars /2008 07:32

La mélancolie est un état affectif plus ou moins durable de prodonde tristesse, accompagné d'un assombrissement de l'humeur et d'un certain dégoût de soi-même et de l'existence.
La mélancolie c'est aussi :

C'est revoir Garbo
Dans la Rein' Christine
C'est revoir Charlot
A l'âge de Chaplin

Léo Ferré se souvient d'un temps où la France était occupée, avec ses restrictions qui frappaient le plus durement ceux qui étaient dans le besoin. Le poète ne faisait pas parti de cette population et il disposait même du luxe d'aller de temps en temps au cinéma, il est vrai sans payer, avec son ami étudiant, Maurice. Les deux copains sont passionnés par le défilé des images lorsqu'il sert les plus grandes histoires et les belles romances. Charlie Chaplin, Greta Garbo, Ferd Astaire, plus près de nous, Gabin et Raimu, sont ces hommes et femmes qui enchantent un Léo Ferré jeune diplômé de Sciences Po, et qui très certainement lui ont permis de développer une part de son imaginaire.
La mélancolie c'est aussi :

C'est une rue barrée
C'est c'qu'on peut pas dire
C'est dix ans d'purée
Dans un souvenir
C'est ce qu'on voudrait
Sans devoir choisir
La mélancolie

La mélancolie appartient au poète et à sa compagne, Madeleine, quand tous deux se retirèrent en Perdrigal. Les jours et les semaines passent, puis cèdent aux saisons. Cet état isolationniste est propice à asseoir le sentiment mélancolique, jusqu'à ce qu'il soit exacerbé, en souffrance pour Madeleine, en création pour Léo.
La mélancolie c'est aussi :

C'est décontracté
Ouvrir la télé
Et r'garder distrait
Un zitron' pressé
T'parler du tiercé
Que tu n'as pas joué
La mélancolie

Léo Ferré attaque la télévision car il s'en méfie, il la débecte même parfois. Le poste de télévision est présent chez les Ferré, comme tout français qui a les moyens en ce début des années soixante. Mais chez le poète, elle occupe une place particulière, car il la personnifie, n'hésitant pas à lui cracher à la figure des mots de dégoûts, voire la censurant en souhaitant lui fermer sa gueule. Mais cette télévision survit car Madeleine et Pépée veillent sur et devant elle, lorsqu'un western vient endimancher une journée triste et morne.

La mélancolie c'est aussi :

C'est un chimpanzé
Au zoo d'Anvers
Qui meurt à moitié
Qui meurt à l'envers
Qui donnerait ses pieds
Pour un révolver
La mélancolie


Le fantôme de Pépée n'est pas loin. Rendez-vous pris pour une oeuvre toute aussi magistrale que la présente. Pépée.

Par Jefka
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Lundi 24 mars 2008 1 24 /03 /Mars /2008 07:30

Jouons aux devinettes : quel est l'artiste capable de débuter une chanson sur un air de biniou et de la conclure sur une oeuvre de Jean-Sébastien Bach ?
Léo Ferré, évidemment.
Plus diffiçile peut-être : quelle est cette chanson ? Un indice : la réponse est dans le titre.
Mister Giorgina.
Augmentons la difficulté : qui est Mister Giorgina ?
Giorgina est le nom de l'accordéon en argot italien et Mister, celui qui le porte et en joue, plus précisément Jean Cardon, un ami du poète.

Tu joues tu joues d'l'accordéon
Dans un bistrot qui n'a plus d'nom
Tellement les gens sont habitués
A y danser à y danser
La Comparsita

Jean Cardon, accordéoniste, sera plusieurs années durant aux côtés de Léo Ferré. De cette collaboration qui bientôt sera une amitié, le poète en tirera bon nombre d'inspirations faubouriennes, où s'entremêlent bals populaires et joies des coeurs.
Jean Cardon n'est pas seulement aux yeux de Léo un solliste du piano à la verticale, mais un coureur de jupons efficace, qui multiplie les conquêtes. Léo est impressionné par ce côté séducteur et il ne manque de lui en rendre hommage.

Toi les frangines qui viennent guincher
Avant d'se faire comparsiter
Tu les regardes avec tes doigts
T'as l'oeil qui joue en do en fa

Mais l'homme qui séduit, bien souvent n'est voué qu'à une seule passion, à ce quelque chose qui le tient le jour et l'apaise la nuit. Concernant Jean Cardon, la réponse va de soi.

Au fond tout ça toi tu t'en fous
T'as qu'un copain c'est ton biniou

Et la Comparsita dans tout ça. C'est un tango, qui fût écrit paraît-il dans les années vingt par une jeune argentin, blessé certainement par un amour désespéré qu'il mit en musique. Le désespoir des uns, lorsqu'il est admirablement envoyé sur scène, n'en constitue pas moins chez les autres un succès qui se plaisent ainsi à le danser. La Comparsita ne fit pas exception à cette règle et nos grands-parents se laissèrent emporter dans ce tango du siècle dernier, qui traversa les années bien que les cigales comptaient les leurs.

Alors avant qu'il ne soit trop tard
Planques ton magot dans ton placard
Les fourmis c'est fait pour bosser
Quand aux cigales ell's vont danser
La Comparsita

Le final de Mister Giorgina est extraordinaire. Léo Ferré nous offre un extrait de Jean-Sébastien Bach. Mais il s'agit plutôt d'une inquiétude, voire d'une angoisse dont nous fait état le poète. La musique existera-t-elle encore dans un futur qui était le sien lorqu'il composa Mister Giorgina, et qui pour nous contemporains se conjugue déjà au passé. En effet, Léo Ferré s'inquiétait des progrès techniques permettant à la musique de devenir un produit de masse, un objet de consommation, qui se livrerait sans effort à tous ceux qui en ont les moyens, non plus intellectuels mais financiers. Il avait raison et tort à la fois. Raison, car la musique est devenue un marché pour bon nombre d'esprits mercantiles et le monde des affaires s'accordant mal avec le temps et la patience nécessaire à toute oeuvre digne de son nom, la profusion est devenue la règle avec pour seule contrainte artistique de coller aux ambiances du moment. Tort, pour ce qui est des compositions passées, des chefs d'oeuvre qui sont à la disposition de chacun et qui souhaite s'y intéresser, sans aucune difficulté, ni même pécuniaire compte tenu de la croissance des médiathèques. La culture ne doit être de masse que dans sa diffusion, et non dans sa création.

Par Jefka
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Lundi 24 mars 2008 1 24 /03 /Mars /2008 07:28

En 1966, l'album « Léo Ferré 1916-19... » est enregistré. Une chanson s'intitule La mort, pour faire en quelque sorte un pied de nez à une autre composition du même enregistrement, C'est la vie.
Léo vit à cette époque avec sa compagne Madeleine, dans le château de Perdrigal. Pépée est toujours vivante et plus que jamais omniprésente. Trop certainement. La compagnie animalière s'est agrandie, d'autres petits chimpanzés ayant été receuillis par le couple : Bambino, Tata, Titine et Zaza. Les jours passent et la vie à « deux » se dirige dangereusement vers une porte, qui n'est pas celle par laquelle entrent les artistes, mais vers la sortie d'un amour défunt. Madeleine va mal, elle se complait à vivre sa dépression dans des conversations magnétophoniques. Léo est un poète, qui plus est l'un des plus grands de son siècle, et ce génie s'accorde mal avec une existence ordinaire. Cette atmosphère influence l'homme, qui comme tout artiste voit ses créations empreintes des choses de la vie. Baigné dans la vie châtelaine et la mélancolie, assis contemplatif et seul sous un arbre, ou encore dans un vieux siège de 2 CV, le poète s'éxécute et livre sur ses papiers ses vers qui plus tard seront les paroles de son succés.
Le poète souffre de sa condition et s'inquiète de la santé de Madeleine, qui défaille tant mentalement que physiquement. Ils sont certes châtelains, mais leur d'habitation n'en porte que le nom. Le confort n'existe pas et impose à la femme des tâches ingrates au quotidien, dont Léo Ferré ne saurait s'en mêler. Le climat est rude également. Dans ce contexte, il ne faut qu'un pas pour que Léo voit la mort et qu'il l'écrive, pour un jour la chanter.

Avec sa faux des quat'saisons
Et du crêpe dans son peignoir
Sur ses échasses de béton
Dans le faubourg du désespoir
Elle meurt sa mort la mort
Elle meurt

Léo Ferré pense dans cette chanson à une mort violente, dont le théâtre serait la route, de la « route des jours heureux » jusqu'au « végétal nourri de son détestable négoce », en passant par « le sang frais sur les cailloux ».

Par Jefka
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Lundi 24 mars 2008 1 24 /03 /Mars /2008 07:25

L'affice rouge est un poème écrit par Aragon en 1955, à la mémoire d'un groupe de résistants abattus par les nazis lors de la seconde guerre mondiale. Le texte, sublime hommage à la mémoire de ceux qui combattirent pour la France, devint un monument lorsque Ferré le mit en musique, et l'interpréta d'une voix vibrante. L-affiche-rouge.jpg

Ils était vingt et trois quand les fusils fleurirent
Vingt et trois qui donnaient le coeur avant le temps
Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant
Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir
Vingt et trois qui criaient la France en s'abattant

L'affice rouge, placardée sur les murs de Paris, représentait dix visages, appartenant a un groupe de vingt et trois partisans, sur un fond rouge.

L'affiche qui semblait une tâche de sang

Les nazis voulaient démontrer aux français qu'il s'agissait là d'une bande de terroristes, étrangers de surcroît ([i]Parce qu'à prononcer vos noms sont diffiçiles[/i]), qui agissaient par le crime et ne pouvait en rien être considérés comme des libérateurs. Seulement certains ne sont pas dupes et ne se laissèrent pas compter par la propagande nazie.



Nul ne semblait vous voir Français de préférence
Les gens allaient sans yeux pour voir le jour durant
Mais à l'heure du couvre-feu des doigts errants
Avaient écrit sous vos photos MORTS POUR LA FRANCE
Et les mornes matins en étaient différents

Les nazis « jugèrent » les vingt-trois résistants en audience publique, les 17 et 18 février 1944. Ils furent tous condamnés à mort, dont vingt-deux fusillés au Mont-Valérien, le 21 février, et le vingt-troisième décapité quelques semaines plus tard. Ce dernier soldat de l'ombre n'eut pas l'honneur d'une exécution avec ses camarades, car il s'agissait d'une femme.

La sixième strophe est sans doute la plus poignante de cet hymne au courage de la vie. Elle est  fidèle aux vers écrits par le chef de ce groupe de résistants, Manouchian, qui se sublime dans un adieu poignant.

Un grand soleil d'hiver éclaire la colline
Que la nature est belle et que le coeur me fend
La justice viendra sur nos pas triomphants
Ma mélinée ô mon amour mon orpheline
Et je te dis de vivre et d'avoir un enfant

Ce poème ne pouvait être qu'une ode servie par Monsieur Ferré, qui en tant qu'artiste est seul capable d'insufler un sentiment diffiçile chez tous ceux qui ont connu ces heures sombres de l'Histoire : le pardon, non pas pour les bourreaux, mais vis à vis d'un peuple civilisé qui a porté à sa tête, sans y prendre garde, la barbarie.

Bonheur à tous Bonheur à ceux qui vont survivre
Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand

Par Jefka
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Lundi 24 mars 2008 1 24 /03 /Mars /2008 07:23

C'est dans une chambre d'hôtel que Léo Ferré écrit cette chanson, pour crever l'abcès d'un chagrin trop lourd à porter suite à la mort de son chimpanzé.
Pépée est entrée dans la vie du poète un printemps de 1961. Léo et sa compagne, Madeleine, étaient venus assistés à un spectacle de music-hall et ils furent tous deux fascinés par les chiompanzés qui donnaient ce soir-là une réprésentation. Ils ne savaient pas encore, lorsque les animaux-artistes entrèrent sur la piste, qu'une jeune femelle de six mois les attendait, malade à cet instant mais qui ne demandait qu'à être adoptée. Ce fût fait et Pépée composera une pièce supplémentaire de la famille Ferré, jusquà ce jour du 7 avril 1968.

T'avais le coeur comme un tambour, Pépée
De ceux qu'on voile le Vendredi Saint
Vers les trois heures après-midi
Pour regarder Jésus-machin
Souffler sur ses trentre-trois bougies
Tandis que toi ten avais qu'huit
Le sept avril de soixante huit, Pépée

Pépée a été tuée, comme le chante Léo, un dimanche après-midi qui porte le nom de 7 avril 1968. Il a suffi d'une balle dans la tête pour abréger les souffrances d'un animal malade, qui se meurt peu à peu par la pourriture croissante de la gangrène. Le poète est anéanti et il le chante dans une dernière strophe, où se mêlent le désespoir et la colère.

J'voudrais avoir les mains d'la mort, Pépée
Et puis les yeux et puis le coeur
Et m'en venir coucher chez toi
Ca changerait rien à mon décor
On couche toujours avec des morts
On couche toujours avec des morts
On couche toujours avec des morts,
Pépée

Pépée est aussi une chanson particulière du registre de Léo Ferré. Elle rend hommage, avec une certaine dérision, à un artiste tout aussi immense que le poète, et qui comme lui a partagé les scènes de ces temps bénis et porté très haut la chanson française, jusqu'au firmament. Cet homme est Serge Gainsbourg.

T'avais les oreilles de Gainsbourg
Mais toi t'avais pas besoin d'scotch
Pour les r'plier la nuit
Tandis que lui...ben, oui
Pépée

Dans une émission de Jacques Chancel, Léo Ferré précisera que Pépée mettait ses oreilles à plat pour dormir la nuit. Et que la comparaison avec Serge Gainsbourg est un témoignage de tendresse et de sympathie. Nous n'en doutions pas. Toute animosité ou raillerie aurait été bien surprenante dans les mots d'un génie, qui par définition a l'intelligence et la sensibilité pour reconnaître et apprécier ceux qui lui ressemblent.

Par Jefka
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Lundi 24 mars 2008 1 24 /03 /Mars /2008 07:21

La plus belle chanson selon moi que nous a livré le poète. Elle nous apprend surtout que derrière chaque mot se cacheent bien des choses, des sens et des sentiments qui nous échappent si nous ne prenons pas garde à prendre le temps de les découvrir.

Je suis le fantôme Jersey
Celui qui vient les soirs de frime
Te lancer la brume en baisers
Et te ramasser dans ses rimes
Comme le tréamil de juillet
Où luisait le loup solitaire
Celui que je voyais briller
Aux doigts du sable de la terre

Mais qui est donc ce fantôme de Jersey?
La question m'est souvent revenue, lancinante. J'imaginais une réponse pour nourrir ma réflexion. Il devait s'agir d'une légende bretonne, dotée de pouvoirs surnaturels lui permettant de capturer (le trémail est un filet de pêche) tout ce qui l'intéressait, jusqu'au loup solitaire, qui au senes propre est un poisson, mais au sens figuré est peut-être le plus grand ennemi de l'homme, c'est à dire lui-même (l'homme est un loup pour l'homme).
Bien évidemment cette interprétation est erronée. Cette strophe est le fruit d'une escapade du poète sur l'île Du Guesclin, où il résida. Le fantôme Jersey est un phénomène naturel, une ligne brumeuse que l'on aperçoit au lointain quand on se trouve sur l'île Du Guesclin, et qui laisse à penser qu'il s'agit là d'une émanation fantômatique de l'île anglo-normande qu'est Jersey. Léo Ferré plante donc le décor d'une partie de pêche où est capturé un bar, dont les écailles sont brillantes par la magie de l'éclat lunaire.
Le dernier vers reste pourtant un mystère car Léo Ferré emploie le pluriel, en citant « aux doigts ». Le singulier aurait été plus compréhensible, et ce pour deux raisons. Pemièrement, la marée à Guesclin lorsqu'elle se retire, découvre une langue de terre (donc de sable) qui forme un doigt. Deuxièement, le solitaire est aussi une bague qui se porte à un doigt. S'agit-il d'une erreur du poète? J'en doute. Alors mystère...

Par Jefka
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